Le rituel du tatouage à Tahiti (rituel « initial »)

Par « rituel initial », nous voulons  désigner le phénomène du tatouage avant son interdiction par les missionnaires anglais.

 

Etymologie du terme

L’étymologie du mot « tatouage » vient du polynésien « tatau » qui signifie « tatouage, tatouer; calcul, dénombrement; demander, appeler; provoquer » selon le Dictionnaire français-tahitien de Tepano Jaussens  (1861). On utilise aussi le terme «  nana‘o » qui signifie « décorer; orner; tatouer; gribouiller; griffonner; sculpter » d’après le Lexique du tahitien contemporain d’Yves Lemaître(1995), mais aussi « introduire à la main » selon le Dictionnaire tahitien-anglais  de John Davies  (1851).

 

Le terme apparaît pour la première fois en 1769 dans le Journal de bord de Joseph Banks, naturaliste à bord du bateau The Enveadour de James Cook. L’expédition de James Cook avait pour but de mener à bien une expédition scientifique et de mettre fin au mythe du « bon sauvage ». C’est pour cette raison qu’il était accompagné notamment d’astronomes, de naturalistes et de botanistes. On doit d’ailleurs à Joseph Banks de nombreuses données sur le tatouage. En effet, le tatouage prend une grande place dans son Journal de bord. Il écrit d’ailleurs :

 

« Tahiti: August, 1769: I shall now mention their method of painting their bodies or “tattow” as it is called in their language. This they do by inlaying the color black under their skins in such a manner as to be indelible; everyone is marked thus in different parts of his body accordingly maybe to his humor or different circumstances of his life. Some have ill designed figures of men, birds or dogs but they more generally have this figure “Z” either simply, as the woman are generally marked with it, on every joint of their fingers and toes and often round the outside of their feet, or in different figures of it as square, circles, crescents, etc. which both sexes have on their arms and legs. In short they have an infinite diversity of figures in which they place this mark and some of them, we were told, had significations but this we never learned to our satisfaction. Their faces are in general left without any marks.[…] » The Endeavour Journal, 1768-1771. [1]

 

Le tatouage a été interdit dans les années 1820 par les missionnaires anglais qui le jugeaient en lien avec le paganisme contre lequel ils luttaient. Toutefois, on assiste depuis  les années 1970 et 1980 à ce que Bruno Saura, professeur en Civilisation polynésienne à l’université de la Polynésie française, qualifie de « renaissance artistique et identitaire ».

 

Le mythe expliquant le tatouage

Si l’on se réfère à la version de Teuira Henry[2], le tatouage était pratiqué par les divinités siégeant dans le , qu’on peut définir comme étant l’univers des divinités et des origines.

 

Il aurait été inventé par les deux frères dieux Matamata ‘Ārahu et Ti’iti’ipō, liés au dieu des arts et des artisans, Ta’ere, dans le but de séduire Hina’ere’eremanu’a, la fille née du premier humain Ti’i et de la déesse Hina.

 

Retenue par ses parents dans un enclos fermé, elle fut séduite par les « dessins » ornant les dieux. (Il faut comprendre ici par « dessins » les tatouages). Elle s’enfuit avec eux, poussée par le désir de se faire tatouer à son tour.

 

Description du rituel

Nous possédons très peu de donnés décrivant le rituel en lui-même à cette époque. Toutefois, Joseph Banks, dans son Journal de bord, décrit une opération de tatouage à laquelle il a pu assister :

 

« 5 July 1769 : This morn I saw the operation of Tattowing the buttocks performd upon a girl of about 12 years old, it provd as I have always suspected a most painfull one. It was done with a large instrument about 2 inches long containing about 30 teeth, every stroke of this hundreds of which were made in a minute drew blood. The patient bore this for about _ of an hour with most stoical resolution; by that time however the pain began to operate too stron[g]ly to be peacably endurd, she began to complain and soon burst out into loud lamentations and would fain have persuaded the operator to cease; she was however held down by two women who sometimes scolded, sometimes beat, and at others coaxd her. I was setting in the adjacent house with Tomio for an hour, all which time it lasted and was not finishd when I went away tho very near. This was one side only of her buttocks for the other had been done some time before. The arches upon the loins upon which they value themselves much were not yet done, the doing of which they told causd more pain than what I had seen. […] »[3]

 

Si l’on se réfère à Raymond Graffe, l’opération du tatouage impliquait un cérémoniel composé de chants, de danses et d’un breuvage, qu’on appelle ‘ava (toujours utilisé selon R. Graffe), fait à partir du Piper methysticum (sorte de poivre) et utilisé pour cicatriser les plaies.

 

Toutefois, il nous semble difficile de décrire ce rituel avec exactitude. Néanmoins, nous pouvons avoir une idée de qu’il s’agit en abordant le phénomène à travers ses acteurs, les instruments utilisés, les tatouages tatoués et les raisons pour lesquelles on se tatoue.

 

Les acteurs et les outils

Dans son article, Un modèle d’identité : le tatouage aux îles de la Société, Anne Lavondès nous montre qu’ « il concerne en priorité les adolescents de sexe masculin et les jeunes hommes adultes ». Toutefois, des jeunes filles peuvent être tatouées, comme en atteste le témoignage de Joseph Banks. Comme l’écrit Jean-François Durban, dans son ouvrage Les acteurs de la tradition en Polynésie  française, « si l’on poursuit la lecture du mythe, on s’aperçoit que le tatouage n’est pas l’apanage  de la masculinité. Ellis dit à propos de la sœur séduite : « Pour être tatouée elle-même, elle trompa la vigilance de sa mère, brisant la clôture qui avait été érigée pour sa protection et fut tatouée. Elle devint aussi la victime du dessein de ses frères. » »[4]. Selon Raymond Graffe, grand prêtre, « le tatouage s’effectuait en une seule séance. […] on tatouait les filles entre huit et dix ans car on jugeait préférable qu’elles atteignent la puberté déjà tatouées. Quand aux garçons, on commençait à les tatouer entre onze et douze ans, mais leur ornementation était rarement complètement achevée avant l’âge de 30 ans. »[5] Ainsi, les personnes concernées par le tatouage sont les filles âgées de 8 à 10 ans et les garçons, à partir de 10 ans jusqu’à environ 30 ans.

 

Anne Lavondès ajoute également « pratiqué, comme la superincision, au cours de l’enfance ou de l’adolescence, le tatouage n’était pas une obligation, mais il n’aurait pas été convenable pour un Tahitien de ne pas être tatoué du tout. »[6] On constate donc que le tatouage concerne aussi bien les filles que les garçons et qu’il est omniprésent dans la société tahitienne sans pour autant être obligatoire. On peut également rajouter que le tatouage touchait toutes les classes de la société, mais qu’il était plus développé dans les classes sociales élevées telles que celle des ‘arioio(société secrète religieuse et serviteurs de ‘Oro (dieu de la guerre)).

 

Malgré le peu de données que nous possédons sur le tatouage avant son interdiction par les missionnaires, on peut supposer qu’il y avait un pratiquant-tatoueur aidé de deux officiants, qui aidaient le tatoueur tout en maintenant le tatoué. Cependant, on ne sait pas d’où tire ses connaissances le tatoueur, ni s’il est issu d’une classe sociale spécifique. Est-ce réservé uniquement aux hommes ? ou bien est-ce qu’un tatoueur peut être aussi une femme ? Suit-il une formation spéciale ? Le tatoueur est-il un ancien aide-officiant ? On ne sait pas.

 

 

 

Toutefois, on sait quels étaient les instruments utilisés. Le tatoueur utilisait deux ustensiles : un bâton muni d’un peigne, fait d’os. Il pouvait s’agir de cochon ou d’os de rat. Raymond Graffe parle d’os humain, plus efficace car ils contiennent plus de mana que d’autres os,  ce qui permettait d’ancrer plus d’ancestralité dans la peau du tatoué.

 

 

Peigne___tatouer

Peigne à tatouer

 

A cela s’ajoute un plus petit bâton, qui était utilisé comme une sorte de percussion : le tatoueur tenait d’une main le peigne et de l’autre il frappait le premier pour enfoncer les dents du peigne, imprégnées de teinture, dans la chair. La teinture utilisée était obtenue à partir de la noix de bancoule Tiairi.

 

 

Les tatouages

Bien qu’on ne sache pas comment était formé le tatoueur, on connait quelques motifs. Dans l’ouvrage Tahiti tattos, Raymond Graffe écrit « les motifs des tatouages étaient nombreux et s’appliquaient sur une grande partie du corps. Chaque dessin portait un nom spécifique : certains sont toujours connus, comme ceux que l’on applique sur le dos (Papai Taputua, Urupo’o), sur les lobes et les fesses (A’ie), sur le visage (A’ie Aro). Certains motifs reprenaient des formes conventionnelles, comme les étoiles, les cercles, les losanges, etc. ; d’autres évoquaient la vie sociale : l’Uru, les combats, les armes de guerre, les sacrifices humains au Marae ; enfin les chiens, les oiseaux et les poissons fournissaient également une source d’inspiration aux artistes du tatouage. […] »[7].

 

Les raisons (co-ritualité)

 

Pour expliquer le tatouage et étayer son argument selon lequel le tatouage aux îles de la Société est un modèle d’identité, Anne Lavondès tente de retracer l’historique du tatouage. Elle nous montre qu’on ne peut que théoriquement, et elle insiste dessus, distinguer quatre grandes catégories significatives, auxquelles correspondraient un type de tatouage spécifique :

 

« - accomplissements de rites sociaux (amo’a), de l’enfance et de la puberté, éventuellement du mariage (ou de la sexualité) et de la procréation. Taches, pointillés, et autres motifs surtout sur les bras, les épaules et les mains; tatouages des fesses et grandes arches des hanches ;  

 

- symboles d’appartenance territoriale, tribale ou familiale, éventuellement en relation avec la naissance et le rang social. Marques peu visibles au front, au-dessus de la lèvre supérieure, à l’oreille ; peut-être sur les pieds, aux chevilles; autres emplacements? Probablement des motifs figuratifs (coq, lézard, insectes) ;

 

- appartenance à une confrérie (comme celle des ‘arioi; et guildes professionnelles?). Grande marque ovale des arioi sous le sein gauche et sous une omoplate. Larges bandes noires dentelées sur les bras et les jambes. Jambes très décorées pour les ‘uvue parai;

 

- événements de la vie personnelle représentés par des objets ou par de véritables scènes (par exemple, homme à cheval en mémoire de OMAI). Sur le corps et les jambes - Marques de deuil (?) »[8]

 

 

 

Le rituel du tatouage à Tahiti aujourd’hui (rituel « actuel »)

Renaissance du phénomène

Du fait de son interdiction par les missionnaires anglais dans les années 1820, qui le jugeaient contraire aux nouvelles règles qu’ils étaient en train d’imposer, le tatouage polynésien à Tahiti a subit d’importantes transformations.

 

C’est dans les années 1970 et 1980 qu’on assiste à une renaissance du phénomène. Bruno Saura, dans son ouvrage Tahiti Ma’ohi, Culture, identité, religion et nationalisme en Polynésie française, nous montre que c’est grâce au contact des Samoans, où le tatouage a gardé une place importante, que le tatouage à Tahiti a pu renaître. Devenus les symboles de cette renaissance en se faisant tatoués presque intégralement (excepté le visage, les mains et les pieds) aux îles Samoa,  Ioteve Tuhipa (danseur) et Tavana Salmon (danseur, chorégraphe et metteur en scène) diffusent et initient des jeunes gens  aux techniques du tatouage traditionnel. On voit donc le lien entre le tatouage et la danse, qui a permis à celui-ci de reprendre force et vigueur dans une société où il était oublié.

 

Description du rituel

Nous tenterons de décrire ici la pratique du tatouage en nous basant sur des articles de presse, issus de la revue Tahiti presse, relatant la Convention Tattonesia 2008. Etant donné qu’il s’agit d’un évènement particulier qui a lieu une fois par an, on peut mettre en doute le déroulement de l’évènement, au sens où cela ne semble pas se passer de la sorte dans un salon de tatouage. Mais nous reviendrons sur cela par la suite.

 

Dans son article « Impressionnante cérémonie traditionnelle de tatouage samedi lors du festival "Tattoonesia 2008" »[9], Christian Durocher nous décrit le cérémoniel mis en place lors du festival Tattonesia. La cinquantaine de participants (tatoueurs polynésiens et étrangers) sont arrivés en pirogue et ont été accueillis par un ‘orero (discours en langue tahitienne, portant ici sur le caractère sacré du tatouage) de Raymond Graffe. Puis, s’en suivirent tambours et conques, annonçant le début de la manifestation[10], mais dont le but était aussi d’éloigner les mauvais esprits. Par la suite un repas traditionnel (le Ma’a Tahiti, repas traditionnel et souvent servis le dimanche ou les jours de fête) fut servis, accompagné de danses des îles de la Marquise.

 

En salon, l’opération du tatouage ne se déroule pas de la même manière. Bien que nous n’ayons pas assisté à une séance de tatouage, on peut supposer que la relation entre le tatoueur et le futur tatoué est d’ordre plus mercantile. Qui plus est, les tatoueurs tahitiens reconnus (Roonui, Chimé, Vatea ou Purotu pour ne citer qu’eux) affirment que le tatouage réalisé est unique et correspond à la personnalité du tatoué. Ainsi, le marquage de type tahitien est interprété selon le tatoueur.

 

Les acteurs et les outils

 A l’heure actuelle, les personnes se faisant tatouer sont des hommes et des femmes, aussi bien tahitiens (et par extension polynésiens) que des étrangers. Ces personnes se font tatouer par choix personnels. Dans une interview accordée à la Dépêche de Tahiti[11], Roonui (tatoueur tahitien mondialement reconnu) explique que sa clientèle se compose essentiellement de militaires et de touristes. De plus, elles doivent être âgées de 18 ans au minimum ou alors d’être accompagné d’un parent autorisant le tatouage.

 

Comme nous l’avons fait remarquer précédemment, le renouveau de tatouage tahitien est dû à Tavana Salmon, qui doit ses connaissances à des tatoueurs samoans. Initiateur de ce renouveau, il a formé d’autres personnes afin de diffuser l’art du tatouage. On peut également citer Raymond Graffe. Se définissant et reconnu comme « grand prête » des cérémonies traditionnelles tahitiennes et comme maître tatoueur, Raymond Graffe fait parti, selon Anne Lavondès, des tatoueurs « classiques » utilisant les techniques traditionnelles : bâton-peigne et teinture de noix du bancoule Tiairi.  A cela, s’ajoute un autre groupe de tatoueurs qu’A. Lavondès qualifie de « modernes » et qui sont dans la lignée de R.Graffe. On peut distinguer les « modernes classiques » (tels que Purotu, Vatea ou Ellis Tautu) qui utilisent les outils traditionnels[12].

 

 

 

 Ellis_Tautu 

 

Photo d’Ellis Tautu (tatoueur tahitien) (Photo personnelle du tatoueur)

 

 

 

Plus modernes, des tatoueurs comme Roonui ou Chime utilisent le laser. Ils commencent par faire un dessin préliminaire et unique (ils insistent dessus). Il s’agit de tracer les grandes lignes du futur tatouage, les détails seront fait plus tard au laser. Cette branche de tatoueurs travaille au laser mais à main levée : le dessin est de l’ordre de l’inspiration du tatoueur et en accord avec la personnalité du tatoué. Roonui parle à ce propos de mana : « Je n’ai jamais demandé à être tatoueur, c’est une sorte de mana (force occulte) qui m’a poussé vers ça, c’est ce mana qui appuie mes dessins. Quand je les finis, il y a toujours quelque chose de plus que moi-même, un autre signifié, c’est l’influence de ce mana. »[13].

 

 

 

Les tatouages

Comme nous l’avons dit, chaque tatouage est unique et correspond à la personnalité du tatoué. Bien que les tatoueurs se basent sur des motifs du corpus des tatouages traditionnels, chaque tatouage est une interprétation d’un motif traditionnel de la part du tatoueur.

 

Voici quelques exemples de tatouages selon les tendances observées :

 

¨       Tatouages de la branche « moderne classique »



 Purotu_tatouage_bras

Photo de Purotu : tatouage du bras

 

 

 Purotu_tatouage_dos

Photo de Purotu : tatouage du dos

 

 Vatea_tatouage_collier

Photo de Vatea : tatouage poitrine

 

¨       Tatouages de la branche « moderne plus moderne »

 

 Chim__tatouage_reins

Photo de Chime : tatouage reins

 

 Roonui_tatouage_mollet

Photo de Roonui : tatouage mollets

 

 

 

Comparaisons

Comparaison entre le rituel « initial » et le rituel « actuel »

 

 

Avant l’interdiction

« rituel initial »

A l’heure actuelle « rituel actuel »

Qui tatoue?

Les prêtres tatoueurs (lien avec la religion ?)

Deux tendances :

 Les « classiques »

Ex: Raymond Graffe

 Les  « modernes »  avec les « modernes « classiques » »

 Ex : Purotu / Vatea

et les « modernes plus « modernes »

Ex : Roonui / Chimé

Pour quelle(s) occasion(s) se fait-on tatoué?

Hypothèses (Anne Lavondès) :

- Accomplissement de rites sociaux de l’enfance et de la puberté, pê du mariage (ou de la sexualité) et de la procréation

- Symboles d’appartenance territoriale, tribale, familiale OU sociale

- Appartenance à une confrérie

- Evènements de la vie personnelle

- Marques individuelles

- Thèmes mythiques

- Thèmes purement décoratifs

Choix personnels

Qui est tatoué?

- Filles à l’âge de 8 – 10 ans

Garçons à partir de 10 ans jusqu’à environ 30 ans

à Fortement lié à la société de ‘arioi

- Hommes et femmes

- Tahitiens ET étrangers

Comment tatoue-t-on?

- Au peigne et un petit bâton avec de la teinture obtenue à partir de la noix du bancoule Tiairi (maître + aides)

- Au peigne et un petit bâton avec de la teinture pour les « MC » et au laser pour les « MM »

 

 

 

Comparaison entre le rituel du tatouage polynésien à Tahiti et le tatouage samoan (à l’heureactuelle)

 

Après avoir comparé le rituel avant son interdiction par les missionnaires et ce que l’on peut observer aujourd’hui, nous allons tenter de comparer le rituel tahitien avec le rituel samoan.

 

Nous avons vu auparavant que l’opération du tatouage polynésien à Tahitien était plus de l’ordre mercantile mais que le tatouage en lui-même était unique bien qu’il s’inspire des motifs traditionnels.  Sébastien Galliot décrit l’opération du tatouage samoan comme pouvant durer plusieurs semaines : « Le rituel dure en moyenne une dizaine de jours pendant lesquels le corps des patients subit différents traitements. Il est soumis à un certain nombre d’interdits. L’isolement, la douleur, les restrictions imposées au corps constituent les attributs désormais classiques de la « liminalité » caractéristique des rituels de passage (Van Gennep, 1987). Les patients doivent adopter des habitudes corporelles contraires à celles habituellement en vigueur à Samoa. Ils doivent cesser de se couper la barbe et les cheveux et prendre leurs repas séparément du reste de la maisonnée le matin avant chaque séance. Ils doivent en outre s’abstenir de tout rapport sexuel et ne pas se déplacer non accompagnés de jour comme de nuit. Ces règles s’appliquent surtout au tatouage masculin dont la durée peut s’étendre sur plusieurs semaines. Le tatouage féminin (fig. 3, 6, 13, 14, 15), lui, est soumis aux mêmes restrictions mais, dans la mesure où l’opération ne dure qu’une journée, elle pèse moins sur les patientes. Au sortir de la période de séparation, les patients sont réintroduits dans la société lors d’une cérémonie d’onction (fig. 7 et 8) qui marque la fin de l’opération et consacre le changement d’état des personnes concernées : ici le passage de non-tatoué (pula’u) à tatoué (soga’imiti). Ils exécuteront ensuite une danse (fig. 15 et 16) en exhibant les parties tatouées de leur corps. »[14]

 

On peut donc constater que l’opération du tatouage aux Samoa possède un caractère plus « traditionnel » au niveau de la ritualité, bien que cela soit relatif et discutable. Disons que ce qu’a observé Sébastien Galliot sur son terrain est plus « étiquetable » au sens où cela a tendance à correspondre aux catégories déjà crées. Cependant, cela ne signifie pas que le tatouage polynésien à Tahiti n’est pas de l’ordre du rituel. Ainsi peut-on considérer le tatouage polynésien à Tahiti comme un rituel ? Pour tenter de répondre à cette question, arrêtons-nous sur les différents apports sur le sujet.

 

Ritualité

 

Les différents apports

Au cours du séminaire, nous avons pu voir que le rite (ou rituel) était un concept problématique. Selon Claude Lévi-Strauss, il s’agit d’une illusion crée par le chercheur, car c’est un terme à la fois générique et qui n’apparaît pas dans la société dans laquelle le chercheur travaille. C’est pour cette raison qu’on peut affirmer qu’il s’agit d’un idéal-type car cette catégorie de « rite » sert à qualifier des pratiques dans un contexte spécifique qui ne sont pas désignées comme telles par les acteurs. Ce concept pose d’autant plus problème qu’il est extrêmement répandu. Il apparaît dans tous les contextes possibles, d’où sa tendance à se diluer. La question du rite pose également un problème historique. En effet, elle a longtemps été abordée sous l’angle religieux. Or, comme nous allons le voir par la suite, le rite n’est pas forcément de l’ordre du religieux.

 

Pour Victor Turner, le rituel est un système de symboles multivoques ou polysémiques, c’est-à-dire qu’ils possèdent plusieurs sens, qui ont pour caractéristiques d’unir les différences et les contraintes. Ainsi, les symboles, et par extension le rituel, sont des stimuli des émotions. Claude Lévi-Strauss a mené une longue discussion avec Victor Turner sur le statut des émotions. Selon lui, le rituel n’est pas une réponse à certaines formes d’anxiété. C’est pour cela qu’il propose  une nouvelle méthode d’analyse pour comprendre le rite. Le rituel est conçu comme un ensemble d’action : il s’agit d’un ensemble de paroles proférées, de gestes accomplis et d’objets manipulés, indépendamment de toutes gloses ou exégèses permises en dehors de ces activités. Ainsi, la méthode proposée par C. Lévi-Strauss propose de différencier ce type d’activités dans la vie profane et dans la vie rituelle. S. J. Tambiah reprend cette idée d’action pour définir le rite comme une forme d’action, s’inspirant de la linguistique et notamment de John Austin pour qui « dire c’est faire ». Tambiah insiste sur l’aspect performatif du rituel. En effet, il cherche à savoir ce que dit le rituel à travers la performance.

 

Compte tenu de ses différentes théories, peut-on parler de rituel en ce qui concerne le tatouage polynésien à Tahiti à l’heure actuelle ?

 

 

 

Le tatouage polynésien à Tahiti : évolution de la ritualité

 

Au regard des différents apports sur le sujet, nous aurions tendance à répondre que non, puisqu’il n’y a pas des paroles spécifiques à l’opération du tatouage, que les outils utilisés et la gestuelle relèvent d’un « savoir-faire » et qu’il ne s’adresse pas à une catégorie spécifique de la population.

 

Toutefois, comme nous l’avons vu, certains tatoueurs  affirment que chaque tatouage est unique et qu’il est fait en fonction de la personnalité du tatoué (cf. Chime). D’autres affirment que l’on ne peut pas tatouer tout et n’importe quoi, telles que les marques d’appartenances familiales (cf. Raymond Graffe et Chime).

 

De ce fait, on pourrait affirmer que le tatouage à l’heure actuelle à Tahiti est un nouveau rite, au sens où le tatouage apparaît comme  une quête singulière dont le but est de sacraliser l’individu en tant qu’entité divine.  Si l’on se réfère à Michèle Fallous et à son ouvrage A la recherche de nouveaux rites, Rites de passage et modernité avancée, on peut voir que le rituel existe toujours à l’heure actuelle dans les sociétés dites « individualisées, technicisées et désenchantées ». Dans sa quête de nouveaux rites, l’auteur met en évidence l’innovation individuelle. Face à la triple insatisfaction à laquelle ils doivent faire face (religion, thérapie ou rien), les individus mettent en place des stratégies. Il s’agit de stratégies d’innovation, consistant à créer de « nouveaux » rites qu’ils considèrent comme de vrais rites. Il est intéressant de  voir que l’innovation s’appuie sur la croyance. En effet, les individus créent de nouveaux rites qu’ils considèrent et qu’ils estiment comme vrais, alors qu’il ne s’agit que de création. Cela pose donc la question de l’authenticité. Cependant, on pourrait répondre qu’en faisant cela, ils sont tous aussi authentiques que les « vrais » rituels, puisqu’ils tentent de répondre de manière plus adéquate à leurs problèmes et d’être le plus proche de la réalité.  La recherche de nouveaux rites apparaît donc comme une tentative pour trouver une alternative, car ils ne peuvent se résoudre à abandonner l’idée de rite.

 

Ainsi, « les gens « voudraient » du sacré pur sans propagande » (vidéo visionnée en cours, le père Lacroix).Par conséquent, le tatouage polynésien est un nouveau rite puisque le singulier est sacralisé en tant qu’entité divine. Rappelons-nous des propos de Roonui qui affirmait qu’il était investit de mana. On peut supposer qu’une partie du mana de tatoueur se transfert au tatoué via son nouveau tatouage via l’action de tatouer. Le tatouage est d’autant plus de l’ordre du rituel qu’il met littéralement en scène le corps. On voit donc que le tatouage polynésien a évolué au cours du temps se qui a eu pour conséquence de faire évoluer son caractère rituel.

 

 

 

Phénomène d’auto-désignation

 

Nous venons de voir que le tatouage polynésien à Tahiti avait subit une évolution au niveau de la ritualité. Maintenant, peut-on affirmer que le tatouage polynésien à Tahiti est un phénomène d’auto-désignation ?

 

Les différents apports sur le sujet

Selon Alexandrine Brami Celentano, on assiste à un renouveau identitaire et culturel à Tahiti se basant sur la revendication d’une identité spécifique « ma’ohi », qui s’illustre par un fort sentiment d’appartenance et la pratique d’activités autrefois interdites (tatouages, danses, etc.) Pour elle, la pratique de ses ces activités jadis interdites représente un effort d’adaptation.

 

Elle écrit d’ailleurs dans son article « La jeunesse à Tahiti : renouveau identitaire et réveil culturel » : « Cet effort d’adaptation est caractérisé par un phénomène de disjonction entre, d’une part, une identité réelle définie par le manque de ressources et la quête de repères identitaires et, d’autre part, une identité ma’ohi doublement survalorisée : survalorisée, d’abord, car tout entière tournée vers l’idéalisation du passé ancestral ; survalorisée, aussi, dans la mesure où l’affirmation identitaire et culturelle de ces jeunes se donne à voir à travers des activités qui, longtemps dénigrées voire interdites, sont aujourd’hui socialement reconnues comme légitimes et utiles au développement économique du Territoire. »

 

 Ainsi, en tant qu’effort d’adaptation par rapport à une « nouvelle ère » (période post-coloniale), on peut penser le tatouage polynésien à Tahiti et à l’heure actuelle comme étant un phénomène d’auto-désignation. En effet, à l’instar de Bruno Saura et d’autres chercheurs, on peut considérer le renouveau du tatouage polynésien comme un phénomène d’auto-désignation, au sens où il participe à la création d’une identité polynésienne. Qui plus est, ce phénomène d’auto-désignation se retrouve à travers l’utilisation récente du terme « ma’ohi », la danse, les chants, les sports, les heiva, etc.

 

Compte tenu du contexte actuel tahitien, peut-on considérer le phénomène d’auto-désignation comme étant un rituel?

 

Hypothèse et arguments

Si l’on accepte cette proposition comme quoi le tatouage  polynésien dans le contexte actuel tahitien est un phénomène d’auto-désignation, on peut se demander si ce phénomène dans ce contexte n’est pas un rituel.

 

Ainsi, notre hypothèse est la suivante : le phénomène d’auto-désignation que l’on observe actuellement à Tahiti est de l’ordre du rituel.

 

Pour étayer cette hypothèse, nous avançons plusieurs arguments :

 

- on observe depuis les années 1970 un discours spécifique sur la culture polynésienne. On peut d’ailleurs parler d’une tentative de « ma’ohisation » et « tahitianisation » de la société. En effet, sous l’impulsion d’Henri Hiro (cinéaste, poète, dramaturge et politicien tahitien), on a vu apparaître   une certaine prise de conscience politique. Bruno Saura écrit d’ailleurs « même si elle peut paraître fermée à certains, la définition de l’homme ma’ohi est un élément de mobilisation pour lutter contre les effets dévastateurs du discours colonial posant les origines de ces îles comme des Français et faisant de l’identité polynésienne une identité ouverte à tous ceux que la présence française a pu ou peut conduire en Polynésie »[15].

 

- depuis cette même époque, on assiste à une ré-introduction de pratiques jadis interdites, telles que tatouage, la danse, les chants, etc. En effet, depuis 2003, le gouvernement polynésien a crée une organisation Heiva nui dont le but est d’organiser pour le compte du gouvernement toutes les manifestations à caractère culturel, touristique, sportive, artistique, institutionnel et artisanal. L’année 2005 a, quand à elle, été marquée par la première édition du festival Tattonesia, réunissant tatoueurs polynésiens et étrangers, et dont le but est de susciter un intérêt  pour la Polynésie et sa culture. On peut aussi se référer au conservatoire artistique de la Polynésie française qui a pour tache notamment de promouvoir les danses et les chants polynésiens mais aussi de conserver par la reproduction écrite et mécanique le  patrimoine musical polynésien.

 

- de plus, on constate une certaine théâtralité de la culture. Jean-François Durban mentionne à juste titre la descente d’avion où le touriste est accueilli par un collier de fleurs au son d’un groupe de musique se prétendant traditionnel.  

 

- à travers ces différentes observations, on remarque qu’il y a une tentative d’assignation d’une identité polynésienne spécifique. Cette assignation d’une identité est institutionnalisée comme en atteste l’organisation Heiva nui ou le festival Tattonesia, qui est soutenu par le président, le ministre de la culture et l’office du tourisme. Ainsi, on peut voir la mise à l’œuvre d’un acte d’institutionnalisation. On peut donc tracer un parallèle avec la définition du rituel selon Pierre Bourdieu, pour qui le rituel est un acte d’institution dans le but d’assigner une identité. De ce fait, on peut voir le phénomène d’auto-désignation comme un rituel, puisqu’il y a une tentative d’assignation d’une identité polynésienne spécifique institutionnalisée par différentes institutions politiques.

 

Nos arguments ne sont que des pistes de recherche pour penser le phénomène d’auto-désignation à Tahiti. Rien ne remplace une enquête de terrain. 

 

Conclusion

Nos recherches sur le tatouage polynésien à Tahiti nous ont permis de penser la question de la ritualité. En effet, on peut voir que le tatouage polynésien à Tahiti aujourd’hui peut être considéré comme un nouveau rite. On a pu constater une évolution au niveau de la ritualité, qui peut être perçue comme une forme d’adaptation de la société polynésienne  face aux présences anglo-saxonne et française.

 

Qui plus est, cela nous a amené à réfléchir sur le phénomène d’auto-désignation.  Nous avons tendance à penser le tatouage polynésien à Tahiti aujourd’hui comme une forme d’auto-désignation. Il faudrait partir sur le terrain pour pouvoir vérifier cela.

 

Toutefois, nous sommes prêt à penser cette auto-désignation, que l’on retrouve sous différentes formes, comme un rite ou « nouveau rite » pour reprendre l’expression de Michèle Fallous.  

 

Ce travail nous amène à nous poser de nouvelles questions, notamment sur le phénomène de globalisation et de diffusion de la culture. En effet, on retrouve le tatouage polynésien partout dans le monde. Il possède d’ailleurs un nom plus générique : « tatouage tribal ». Cependant, une étude plus approfondie mérite d’être réalisée afin de voir si cette globalisation et cette diffusion sont porteuses d’éléments significatifs par rapport à notre sujet. Cela nous amène également à penser la question du syncrétisme, notamment par rapport aux circonstances de  l’évolution de la ritualité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

Ouvrages et articles

 

Celentano, Alexandrine, « La jeunesse à Tahiti : renouveau identitaire et réveil culturel » in  Ethnologie française, volume 2, TomeXXXVII, 2002, p. 647-661.

 

 

 

Durban, Jean-François, Les acteurs de la tradition en Polynésie française, Paris, éd. L’Harmattan, 2005, p.111.

 

 

 

Galliot, Sébastien, « Un rite de passage polynésien : le tatouage samoan » in Corps 1/2009 (n° 6), p. 77-94.

 

 

 

Gell, Alfred, Wrapping in images, Tattoing in Polynesia, Oxford, Claredon Press, 1993.

 

 

 

Graffe, Raymond, « L’opération du tatouage» in Barbieri, Gian Paolo, Tahiti Tattoos, éd. Taschen, 1998.

 

 

 

Lavondès, Anne, « Un modèle d’identité : le tatouage aux îles de la Société » in Cahiers des Sciences humaines, volume 26, n°14, 1990, p. 605 – 621.

 

 

 

Ottino-Garanger, Marie-Noël, « Tatouage et conception du corps aux Marquises, Polynésie française », in Journal français de psychiatrie, volume 1, n°24, 2006, p.12-16.

 

 

 

Saura, Bruno, Tahiti Ma’ohi, Culture, identité, religion et nationalisme en Polynésie française, Tahiti, éd. Au vent des îles, 2008.

 

 

 

Wiener, Simone, «  Le tatouage, de la griffe ordinaire à la marque subjective » in Essaim, volume 2, n°8, 2001, p.35-49.

 

 

 

Sites internet

 

·         Site du tatoueur Chime :

 

http://www.myspace.com/chimetattoo

 

·         Site du Conservatoire artistique de la Polynésie française :

 

http://www.conservatoire.pf/index.php?option=com_content&view=frontpage&Itemid=1

 

·         Site du tatoueur Ellis Tautu :

 

http://www.taututattoo.com/Home.html

 

·         Site de l’organisation Heiva Nui :

 

http://www.heivanui.com/

 

·         Site d’un tatoueur de style polynésien (Bernard Lompré) :

 

http://www.lompre.com/

 

Lompré, Bernard, « Rencontre avec Roonui » in La Dépêche de Tahiti, consultable sur le site de l’auteur: http://www.lompre.com/renc_roonui.php

 

Lompré, Bernard, « Rencontre avec Roonui », in La Dépêche de Tahiti, consultable sur le site de l’auteur : http://www.lompre.com/renc_roonui.php

 

·         Site du tatoueur Purotu :

 

http://www.purotu.com/

 

·         Tahiti presse :

 

Durocher, Christian « Impressionnante cérémonie traditionnelle de tatouage samedi lors du festival "Tattoonesia 2008" », 9 novembre 2009, in Tahiti presse, consultable à l’adresse suivante : http://tahitipresse.pf/2008/11/impressionnante-crmonie-traditionnelle-de-tatouage-samedi-lors-du-festival-tattoonesia-2008/

 

·         Site du tatoueur Roonui :

 

http://www.roonui-tattoo.com/

 

·         Site du festival Tattonesia :

 

http://tattoonesia.blogspot.com/

 

·         Southseas :

 

The Endeavour Journal est consultable sur internet à l’adresse suivante : http://southseas.nla.gov.au/index_voyaging.html (site de Paul Turnbull et Chris Blackall avec la collaboration de la bibliothèque nationale d’Australie, du centre d’études interculturelles et de l’université nationale d’Australie, dernière mise à jour du ?, consulté le 24 avril 2011)

 

·         Site du tatoueur Vatea :

 

http://www.myspace.com/vatea-manatahititatau

 

 

 

 

 



[1]  The Endeavour Journal est consultable sur internet à l’adresse suivante : http://southseas.nla.gov.au/index_voyaging.html (site de Paul Turnbull et Chris Blackall avec la collaboration de la bibliothèque nationale d’Australie, du centre d’études interculturelles et de l’université nationale d’Australie, dernière mise à jour du ?, consulté le 24 avril 2011)

Notre traduction : « Tahiti, Août 1769 : Je mentionnerai ici leur méthode de peinture corporelle ou « tatouage » comme ils l’appellent dans leur langue. Ceci est fait par l’application d’une couleur noire sous leurs peaux de telle manière à ce que cela soit indélébile ; tout le monde est tatoué à différents endroits du corps selon l’humeur ou les différentes circonstances de la vie. Quelques uns ont des figures d’homme, d’oiseaux ou de chiens peintes, mais ils ont généralement la figure « Z » peinte simplement ; les femmes  en sont généralement marquées, sur chaque jonction de leurs doigts et de leurs orteils et sur les pieds ; ou d’autres figures telles que des carrés, des cercles, des croissants, etc., que les deux sexes portent sur leurs bras ou sur leurs jambes. En bref, ils possèdent une variété infinie de figures parmi lesquelles cette marque et quelques autres, dont nous venons de parler, ont des significations, mais nous ne les connaîtront jamais aussi bien que nous le souhaitons. Leurs visages sont généralement vierges de toute marque. […] »

[2] Version que l’on retrouve dans son ouvrage Tahiti aux temps anciens.

[3] Notre traduction : « 5 juillet 1769 : Ce matin, j’ai assisté à l’opération du « tatouage » réalisé sur les fesses d’une jeune fille d’environ 12 ans, ce qui a confirmé, comme je le soupçonnais, la douleur provoquée. L’opération est réalisée à l’aide d’un large instrument prolongé d’une trentaine de dents d’environ deux inches de longueur chacune, dont résulte un dessin sanglant fait par une centaine de coups en une minute. La patiente supporta cela pendant environ une heure avec la résolution la plus stoïque ; cependant, la peine commença à être plus forte pour être endurée paisiblement, elle commença à se plaindre et bientôt éclata en lourdes lamentations, ce qui aurait volontiers persuadé le pratiquant d’arrêter l’opération ; elle fut toutefois maintenue par deux femmes qui la grondaient quelques fois, la frappaient d’autres fois et dans d’autres cas l’exhortaient à supporter la douleur. J’étais assis dans la maison adjacente avec Tomio pendant une heure, cela a duré pendant tout ce temps et ce n’était pas fini quand je me suis rapproché. Un seul côté de ses fesses avait été réalisé, l’autre ayant été fait auparavant. Les arcs sur les reins, pour lesquels ils ont beaucoup d’estime,n’étaient pas encore réalisés, la réalisation de ces derniers cause encore plus de peine que ce que je n’ai vu aujourd’hui, m’a-t-on dit. »

[4] Durban, Jean-François, Les acteurs de la tradition en Polynésie française, Paris, éd. L’Harmattan, 2005, p.111. Dans cette version du mythe, les trois personnages principaux sont frères et sœur. De ce fait, le tatouage symboliserait l’inceste.

[5] « L’opération du tatouage» Raymond Graffe  in Barbieri, Gian Paolo, Tahiti Tattoos, éd. Taschen, 1998.

[6] Lavondès, Anne, « Un modèle d’identité : le tatouage aux îles de la Société », Cahiers des Sciences humaines, volume 26, n°14, 1990, p. 605 – 621.

[7] « L’opération du tatouage» Raymond Graffe  in Barbieri, Gian Paolo, Tahiti Tattoos, éd. Taschen, 1998. p.73.

[8] Lavondès, Anne, « Un modèle d’identité : le tatouage aux îles de la Société », Cahiers des Sciences humaines, volume 26, n°14, 1990, p. 605 – 621.

[9] Durocher, Christian « Impressionnante cérémonie traditionnelle de tatouage samedi lors du festival "Tattoonesia 2008" », 9 novembre 2009, in Tahiti presse, consultable à l’adresse suivante : http://tahitipresse.pf/2008/11/impressionnante-crmonie-traditionnelle-de-tatouage-samedi-lors-du-festival-tattoonesia-2008/

[10] L’ouverture de ce festival consistait à réaliser un tatouage traditionnel de type samoan sur le danseur Eugène Kavera.

[11] Lompré, Bernard, « Rencontre avec Roonui » in La Dépêche de Tahiti, consultable sur le site de l’auteur: http://www.lompre.com/renc_roonui.php

[12] Il faut noter que le peigne n’est plus en os mais semble être en résine ou plastique et métal.

[13] Lompré, Bernard, « Rencontre avec Roonui », in La Dépêche de Tahiti, consultable sur le site de l’auteur : http://www.lompre.com/renc_roonui.php

[14] Galliot, Sébastien, « Un rite de passage polynésien : le tatouage samoan », Corps 1/2009 (n° 6), p. 77-94.

[15] Saura, Bruno, Tahiti Ma’ohi, Culture, identité, religion et nationalisme en Polynésie française, Tahiti, éd. Au vent des îles, 2008.